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J’ai mis du temps à vous parler de cette expérience, tout simplement parce que je ne savais pas trop comment l’aborder. Mes proches n’étant pas spécialement informés, de peur de les savoir stressés lors de mes prochaines escapades sous-marine, j’avais gardé ce point sous silence.
On parle souvent de la beauté des plongées, mais pas forcément des complications ou des risques. J’ai déjà plongé plusieurs fois et pourtant, la dernière mise à l’eau fût compliquée. Un malheureux enchaînement de choses qui ont failli me coûter la vie…

 

11 juillet 2017 dans le fleuve Saint Laurent au Canada. Première plongée en eau froide pour moi et une petite appréhension. 9 heure du matin, je me rends au centre pour me renseigner des conditions de visibilité, de température et m’entretient avec un guide plongeur. Je lui explique mon niveau, que ce sera ma première plongée dans ces conditions puis je me donne le temps de réflexion. J’en discute avec Monsieur M qui connaît ma passion pour la vie sous-marine et me donne finalement l’envie d’aller plonger puisque ce serait peut-être la seule fois où je pourrais découvrir les profondeurs de ces eaux.

10h30, je rejoins le centre de plongée pour les différents détails administratifs. Étonnement, on ne me demande aucun justificatif de plongée. Le système de plongée québécois n’étant pas basé sur le système du PADI, je ne m’attarde pas plus sur ce détail et fourni quelques informations tout de même. Ma conscience qui se réveillait sûrement et voulait appuyer sur le fait que c’était ma première plongée en eau froide. On me fourni un certificat de plongée québécois et je serais donc dans la possibilité de nager dans les eaux de la province pendant un mois.

11h30, je rejoins le centre pour me préparer à la plongée qui devait débuter vers 12:00. Les petits tracas commencent. Je ne suis pas habituée à tout cet équipement. Il n’y a plus de combinaison sèche à ma taille et me retrouve avec un haut encore trempé et déjà gelé d’une plongée précédente. Je me glisse sous la douche, la remplie d’eau chaude autant que ce peu pour tenter de remonter la température. L’eau est à 5°C jusqu’à environ 10 mètres de profondeur, c’est un peu froid mais ça me va. Certains membres de l’équipe se jouent de ma maladresse avec l’équipement, mais quand on n’est pas habitué avec les gros gants de plongées, ce n’est pas facile du tout.
Je définie un plan de route avec mon guide en imposant mes limites c’est-à-dire distance de la rive et surtout profondeur pour ne pas aller dans les eaux trop froide suite à mon inexpérience dans ce type d’eau.

12:30, Monsieur M passe me voir avant la descente et se rie, bon joueur, de mon accoutrement.
Je suis prête. Les équipements sont OK – du moins le mien pour sûre -. Mon binôme a vérifié le sien. Ma bouteille d’oxygène est remplie aux trois quarts, sachant que la plongée ne durerait certainement pas longtemps suite aux basses températures, je passe ce point.

12:45, j’appréhende vraiment cette plongée et c’est le sourire aux lèvres que je rejoins le bord. La caméra à la main, je m’enfonce dans les eaux du fleuve. L’eau est froide, mais la beauté des lieux est fascinante. Pourtant après plusieurs minutes, je n’arrive plus à stabiliser ma position. Mon binôme me remet sur les rails et nous continuons à nous enfoncer dans les eaux froides devenant glacées. Après une vingtaine de minutes, je commence à ressentir le froid. Je préviens mon binôme et nous entamons notre montée…

13:10 environ, nous sommes à 20 mètres de profondeur. L’eau s’infiltre lors d’une respiration. J’attrape mon binôme et lui fais les signes d’usage. La quantité d’eau entrée étant trop importante, je tousse et crache. Mon détendeur, je n’arrive pas à récupérer mon détenteur ! Je ne suis pas habituée à cet équipement, pourtant rien ne change spécialement de celui déjà utilisé. Mais les gants, ces gants m’empêchent de le récupérer ! Je retente l’opération plusieurs fois mais rien n’y fait, le détenteur glisse de nouveau. Je persévère et le récupère enfin. J’éjecte l’eau du tube mais la pression est faible, même s’il reste de l’air dans ma bonbonne. Je recommence l’opération, même chose. Je commence à manquer d’air… Je tente de ne pas retenir ma respiration et évacue le plus calmement possible l’air qu’il me reste dans les poumons. Mon binôme tente de me donner son détendeur de secours, ce dernier ne fonctionne pas – ou plus ? – surprise !
Malgré mes efforts, le manque d’oxygène se fait sentir. Mon corps me demande d’inspirer. Je me retiens. Pourtant, contre ma volonté, j’inspire et bois la tasse que je recrache au plus vite. Les bulles autour de moi me donnent le tournis et je fixe mon binôme sans relâche pour ne pas être désorientée. Le temps qu’il décroche mon détenteur de secours, je me sens défaillir. Je ne l’ai pas senti me pousser, pourtant un choc se produit. Il m’avait claqué sur le récif. D’un passage noir, je le revois me fixer et me forcer à prendre mon détenteur. Je sers de toutes mes forces mes lèvres pour qu’aucune trace d’eau ne filtre. Je respire de nouveau, rapidement durant les premières prises, puis je sens mon corps se détendre, ma respiration se ralentie et les vertiges disparaissent. Je continue toujours à le fixer, lui répondant par les gestes puis je me stabilise. Nous entamons la remontée, je sais que j’y ai laissé ma caméra même si elle était bien accrochée, mais peut m’importe, je respire de nouveau.
Malgré le choc et alors que nous remontions, je me fascinais toujours de ce qui m’entourai, sachant que cela allait bientôt terminer et ces eaux avaient encore tellement à m’offrir.
Pourtant, nouveau problème, je n’arrive plus à respirer normalement. Pas une question d’eau mais l’air manquait. Je sentais mon détendeur bloquer à chaque prise. Encore sous le choc de l’événement précédent je n’arrivais à fixer mon cadran. Mon binôme qui se tenait face à moi comprit ma détresse par mes signes. Impossible de partager sa bouteille, son détendeur de secours ne fonctionnant plus. D’après mon binôme, nous étions encore à 8 mètres de profondeur. Impossible d’effectuer les paliers de décompression (rester plusieurs minutes à une certaine profondeur), ni de respecter le palier de principe (3 minutes à 3 mètres). Nous remontons au plus vite, gérant l’extraction de mon air au mieux. Les bulles se multiplient, deviennent plus nombreuses mais surtout je les vois grossir et s’éclater. Ça y est, nous y sommes presque, je vais pouvoir respirer.

13:20 environ. La surface est atteinte, je recrache tout l’air disponible et le reste d’eau que j’avais avalé, à presque vomir. Mon binôme m’aide a gonfler mon gilet avec difficulté suite au peu d’air restant. Je respire et les premiers mots qui me sortent sont pour lui : « Ça va de ton côté ? », et surtout « Ramène moi quelque part où je puisse poser mes pieds, j’ai besoin d’un appui ». Vient ensuite un « M… j’ai tué des coraux » – croyez-moi je me suis sentie tellement mal – et un « Bon ben pour la Go Pro, je vais me faire traiter 🙂 ». Je sais, c’est stupide mais il fallait que je rigole pour décompresser.
L’équipe de secours ayant été prévenue, elle était déjà sur les lieux. Je me sors de l’eau, on tente de m’aider mais avec le matériel, je préfère utiliser mes bras. Je pense qu’à ce moment là j’avais besoin de sentir le sol, mais surtout de me sentir capable de faire quelque chose. On m’aide à enlever l’équipement, m’allonger et on me place sous oxygène. Je regarde mon binôme qui est OK. On me pose les questions d’usages mais j’ai besoin de rire de cette expérience. Je décompresse avec l’équipe, je demande à ce que l’on m’arrête l’oxygène après seulement quelques minutes. Ils sont surpris, mais l’oxygène pur au masque me fait toujours cet effet là, je ne le supporte pas bien et ça me donne vite mal au crâne. On insiste à me le mettre de travers et tout redevient normal. On me demande de cracher. Ce que je fais, au loin – La honte mais bonne crise de rire – car c’était pour vérifier si je n’avais pas trop respiré d’eau. Je recommence plus prêt, c’est tout bon. La tension est normale, ma respiration un peu rapide mais je respire toujours rapidement alors pas d’inquiétude. On me spécifie que je devrais peut-être aller à l’hôpital et je demande à ce qu’on prévienne Monsieur M qui devait se balader dans le coin. En fait, il était derrière depuis un moment. Ayant vu un autre moniteur remonter mais une équipe de secours se déplacer il a su que… Il m’avait vu cracher et je me suis mise à rire avec un « Bon, tu m’auras vu faire un beau mollard ». Finalement, je me relève, je n’ai pas de douleurs dans les muscles, ma respiration est normale, je n’ai pas de vertige. Nous rentrons au centre et devant être sous surveillance, les vestiaires des femmes sont privatisées, Monsieur M étant à mes côtés le temps de prendre une bonne douche. Déclaration d’incident et tout ce qui s’en suit, je parle avec l’équipe de secours qui à la vue de mon état me spécifient que le passage à l’hôpital ne serait pas nécessaire mais que je devais être sous surveillance pour les prochaines 48h.

14h30. N’ayant pas encore visité le centre aquatique, je décide d’en faire le tour avant de reprendre la route. Je ne veux pas me laisser abattre et je dois me changer les idées. Un bon chocolat chaud pour continuer de se réchauffer avant le départ et c’est donc Monsieur M qui conduira les prochains jours.

J’avoue avoir été fatiguée cette journée et me suis très vite endormie après un bon repas, car malgré tout, j’étais affamée – Vive la plongée, ça creuse ! Le lendemain était encore un peu fatiguant mais rien à déclarer, je respirai normalement, je n’avais de douleurs ni au thorax ni dans les jambes. Mon oreille quant à elle, suite à la non décompression, m’a lancé pendant quelques jours mais tout s’est résolu. J’avoue m’en être très bien sortie. Ce ne sera que quelques jours plus tard que quelques larmes rapides couleront. Le fait de savoir que tout était derrière moi m’avait libéré. Depuis, je n’ai rien changé à ma vie et je continue à être moi. Et surtout, j’ai toujours cette envie de plonger. Cet incident ne m’empêchera pas de continuer à découvrir les fonds marins et il me tarde de remettre un équipement sur le dos.

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Un commentaire sur “Quand une plongée dérape”

  1. J’ai eu une grosse trouille lors d’une plongée en République Dominicaine. Je n’avais pas plongée depuis 2 ans donc j’étais en peu stressée. Heureusement, le décors et la chaleur m’ont aidé à me détendre. Je me suis donc jetée à l’eau. Sauf qu’en bas (12 petits mètres de profondeur), le moniteur a décidé de me prendre les poids. TOUS mes poids, pour les garder pour lui. Je devais donc redoubler d’effort pour me stabiliser. Et arrivé à un moment, plus d’air. Je m’étais un peu éloignée du groupe, et prise de panique, j’ai donc décidé de remonter doucement, en me forçant à faire les paliers (heureusement que ce n’était que 12 m…), je ne voyais que du bleu. Au bout d’un moment, ma tête heurte un truc dur. Ces cons avaient peint la coque du bateau en bleu. J’étais apeurée car je voulais à tout pris trouver la surface, mais je ne voyais pas la délimitation entre la coque du bateau et la mer. Au bout d’un moment, sans air, j’ai réussi, et un touriste m’a aidé à remonter sur le bateau (les autres moniteurs ne m’ont même pas regardé alors que ça se voyait que j’étais paniquée). J’avais la tête en sang et manque de peau, de la peinture bleue sur le crâne qui a mis plusieurs jours à partir. Maintenant j’en rigole, mais j’ai eu tellement peur… Surtout que j’ai paniqué, alors qu’il aurait suffi que je retrouve mon conjoint pour prendre son 2e détendeur…
    Je te comprends tellement du coup.

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